Alberto Moravia (1963)
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Alberto Moravia – BIBLIOTHÈQUE EUROPÉENNE – (1963, RTB, 48′)

(Images d’archives SONUMA)

 

« L’Italien Alberto Moravia était particulièrement discret. Venu nous saluer à l’Hôtel Excelsior de Rome où nous venions d’arriver Daniel Gillès et moi, il disparut presqu’aussitôt et ne revint pas. Le lendemain, il nous prit dans sa très vieille voiture. J’étais assis tremblant de peur à côté de lui qui conduisait et se retournait fréquemment vers Gillès assis à l’arrière, oubliant complètement la circulation vibrante de coups de klaxons. « J’ai de bons freins. Il faut les employer », me rassura-t-il. Il ne s’intéressait pas à l’événement qui passionnait alors les intellectuels romains : le tournage par Jean-Luc Godard de son film Le Mépris, pourtant adapté de son roman écrit en 1954.
Toujours indifférent et anormalement rare, Moravia n’est pas apparu dans l’évènement que j’ai alors créé à mon tour : l’arrivée d’une des interprètes du film de Godard, Brigitte Bardot. Elle avait accepté de venir dans mon hôtel pour être interviewée dans une petite salle que mon équipe avait transformée en studio. Tout alla pour le mieux. Mais quand elle voulut partir, des centaines de paparazzis armés de leurs photomitrailettes et furieux de ne pas avoir été avertis de sa venue, encerclaient l’hôtel. Seule solution : rester cachée et attendre. C’est ainsi que j’ai passé trois heures enfermé avec Brigitte Bardot dans une salle secrète, réserve de champagne dont on nous autorisait à profiter à notre guise. Nous évoquâmes longtemps les plaisirs et les inconvénients de nos métiers respectifs. La voyant de près, je m’aperçus que sans les éclairages, cette jolie parisienne n’avait rien à redouter de sa beauté naturelle. Le calme revenu, elle peut se sauver, me laissant avec le souvenir de ce qui ne fut pas le plus désagréable moment de ma carrière.
Pas de paparazzis déchaînés ni d’hôtel pour réaliser les interviews du mystérieux Moravia, le tournage se faisait sobrement chez lui. Son amie nous conduisit dans un salon où il était déjà assis comme pour vérifier l’installation de notre matériel. Une porte derrière son fauteuil lui permettait de disparaître de temps à autres. Son étrange comportement était-il le reflet d’« Un Mépris » de l’humanité ?
J’eus enfin la réponse lorsqu’un éditeur français commun à Gillès et Moravia nous invita à déjeuner dans un restaurant nec plus ultra. Un petit couloir donnait accès au salon privé où l’éditeur et Gillès discutaient et le hasard fit que j’arrivai tout juste après Moravia. J’eus la surprise de le voir boitiller terriblement avec une jambe nettement plus courte que l’autre. Ce bel homme prestigieux voulait donc cacher un handicap impossible à faire disparaître ? Son art de l’esquive n’y suffit pas. »

Jean Antoine

 

« Dans un long pré-générique, Daniel Gillès et le critique Paolo Milano situent la littérature italienne par rapport au fascisme qui l’a, par la censure, condamné au silence avant l’irruption du néo-réalisme libérateur de l’après-guerre. Quelques photographies situent l’enfance de Moravia avant de mettre en place une longue interview sur fond de paysage romain. Y sont abordées les méthodes de travail de l’écrivain, sa théorie du réalisme intégral, son rapport à la politique, sa nécessité de dépaysement en faisant de longs voyages. Des écrivains amis viennent témoigner de sa place dans les Lettres italiennes. Est abordé ensuite son rapport au cinéma, ce qu’il pense des adaptations de ses romans, soit la fidélité impossible, l’écriture de scénarios, travail qu’il n’aime pas, contrairement aux belles actrices, Bardot, Cardinale qui incarnent ses héroïnes. La ville de Rome est très présente et croquée dans des séquences de rue, de badauds, de terrasses de café, de regards masculins sur les jeunes passantes. »

Jacqueline Aubenas

 


Réalisation : Jean Antoine
Présentation et interview : Daniel Gillès
Avec : Paolo Milano, Alba de Cespédes, Giorgio Bassani, Enzo Sicilliano, Pier Paolo Pasolini, Claudia Cardinale, Brigitte Bardot, Maria-Teresa Gentilini
Images : Jean Roch
Illustration musicale : Paul Uyttebrouck
Son : Jean-Pierre Verhulst, Aldo Ferry
Montage : Jean Depaye
Production : Henri Billen

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