Formose (1972)
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Formose, province de Chine – GRAND ANGLE – (1972, RTB)

(Images d’archives SONUMA)

 

« Le projet suivant avec Van Aal me passionna : Taïwan, nouvelle province de Chine, sur la belle île de Formose, qui avait échappé à Mao. Avec une assiduité redoublée, aidé par d’aimables fonctionnaires de la petite ambassade de Taïwan, j’ai étudié les faits historiques et organisé tant bien que mal un tournage d’un mois. Je n’arrivais plus à voir Van Aal, qui lui s’était plongé dans la politique belge et qui finit par m’annoncer, une semaine avant le départ pour la Chine : « Jean, impossible de t’accompagner. Je viens d’être nommé ministre de la Culture. » Tant mieux pour lui. Je n’étais pas malheureux d’être seul. Car je sentais que ce film allait refléter mes propres préoccupations. Que signifiait, par exemple, la vague maoïste dans laquelle se complaisaient les intellectuels français ? Mon film, que je viens de revoir, situe bien les problèmes des deux Chine à cette époque – mais il sonne un peu trop comme de la propagande anticommuniste. Il s’inscrivait pourtant à l’avènement d’une ère de révélations aujourd’hui connues de tous et volontairement ignorés à l’époque. Mon conseiller, Monsieur Tsaï, un haut fonctionnaire qui avait fait de brillantes études à la Sorbonne, auquel je donne souvent la parole, est clair et net : c’est le communisme qui pourrit la Chine et la culture chinoise, l’importance de son passé, et qui supprime l’idée de liberté. J’ai été attaqué pour avoir filmé un réfugié qui avait nagé accroché à un pneu, du continent à Formose. Le peintre Cheng Yun Sheng avait dessiné les horreurs de la révolution culturelle qu’il venait de vivre. A ce sujet, j’étais bien loin de faire de la propagande. Staline avait été rejoint et peut-être même dépassé. Mais le dessin n’avait pas valeur de preuve et son trait de crayon montrant des pianistes aux mains clouées, des intellectuels humiliés portant bonnets d’âne et toutes sortes d’atrocités liées à l’exil forcé faisait figure de propagande anti-Mao…

Au cours d’une fête extraordinaire du Double Ten (10 octobre, célébration de la révolution de Chine de 1911), j’étais recroquevillé au fond de la terrasse sur laquelle Tchang Kaï-chek s’adressait à son peuple qui ne pouvait pas voir que deux hommes accroupis tenaient solidement ses deux jambes. Il avait beaucoup de peine à marcher. Je n’ai pas pu lui parler. Mais sa femme, Mme Tchang, m’a reçu gentiment. Elle aimait l’art et m’a fait conduire chez ses deux artistes favoris. Elle m’a surtout fait découvrir les merveilles, parfois non exposés, du Musée du Palais.
Cependant, très prosaïquement, le souvenir inoubliable de Formose est culinaire. Mon cher Monsieur Tsaï, fin gourmet qui avait connu la famine dans sa jeunesse a voulu, dans cette île peuplée de gens venus de toutes les régions de la Chine continentale, me faire connaître la gamme des cuisines chinoises. Chaque jour un restaurant différent, du plus luxueux au plus minable. Assez souvent d’ailleurs dans de petits bistrots perdus dans des quartiers populaires. J’ai noté tout ce que j’ai mangé. Parmi les plats les plus étranges : oreilles de singe dans de la méduse sèche ; pieuvre au gingembre ; œufs de cent ans ; coquillages aux neuf trous ; anguilles aux châtaignes ; crevettes vivantes (mon opérateur Beeckmans a dignement refusé de commettre cet assassinat, pourtant la sauce était délicieuse). »

Jean Antoine

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